Nicolas Sarkozy me fait penser à José Garcimore, ce magicien qui ratait tous ses tours pour, au final, réussir celui qu'il n'avait pas annoncé.
"Décontrasté", il nous annonce ainsi à intervalles réguliers, qu'il va s'attaquer au chômage en confiant à Pôle emploi la charge de recevoir une catégorie de chômeurs pour leur proposer un emploi ou une formation. Les mêmes annonces ont été faites en 2008, en 2011 et bien des fois, de façon péremptoire, le gouvernement a annoncé une baisse du chômage durable. On sait les résultats.
Nous ferons en sorte que le tour que réussira Nicolas Sarkozy sera sa disparition. Si ce n'est pas réussi au premier tour, ça le sera au second. Et hop!
Pour proposer un emploi aux chômeurs, encore faudrat-il avoir une politique cohérente à l'opposé d'une politique au service de la finance (nous reviendrons sur ce point lors du bilan de l'assemblée citoyenne de Darnétal). Concernant l'offre de formation aux chômeurs, pour mieux comprendre en quoi elle n'est pas suufisamment adaptée aux demandes, il est nécessaire de brosser un tableau de la situation présente, d'évoquer les financements possibles et de tracer les perspectives d'une réforme nécessaire de la formation professionnelle des demandeurs d'emploi.
L'Etat se désengage
Dans son rapport sur la formation des demandeurs d'emploi publié en juillet 2011, la DARES constate que "576 000 entrées en formation de demandeurs d'emploi ont été enregistrées en 2009, soit 5% de moins qu'en 2008 dans un contexte de forte hausse" du chômage.
Baisse du nombre d'entrées en formation, mais aussi désengagement de l'Etat qui ne finance plus,en 2009, que 12 % des formations des demandeurs d'emploi contre 36 % en 2004.
Cette baisse s'explique par le transfert aux régions des compétences en matière de formation professionnelle, dont, ces dernières années, de formations de l'AFPA, désormais financées par les régions dans le cadre de procédures d'appels d'offres en application d'une directive européenne sur la mise en concurrence des organismes de formation. Les régions deviennent donc les principaux financeurs de formation (62 %), alors que Pôle emploi n'en finance que 15% (en progression toutefois) et l'Etat 12%.
L'achat de formations
Revenons au chômeur qui se rend au Pôle emploi de son domicile et souhaite intégrer une formation de conducteur de car. La première démarche à accomplir est de vérifier si cette formation est financée (coûts pédagogiques). En effet, les formations financées sont prélalablement définies et inscrites dans un programme (formations régions) ou d'Actions de formations conventionnées (AFC de Pôle emploi).
Les formations financées par Pôle emploi, ouvertes aux demandeurs d'emploi inscrits, imdemnisés ou non au titre de l'assurance chômage, sont généralement courtes (2,9 mois en moyenne) et répondent à des demandes de secteurs d'activité. Il en est ainsi de formations concernant les métiers dit "en tension" sur lesquels le pouvoir communique souvent afin de laisser penser que des milliers d'emploi ne trouveraient pas preneurs.
Quels autres financements?
Si la formation souhaitée par le demandeur d'emploi n'est dans aucun programme (Etat, région, Pôle emploi), d'autres souces de financement sont possibles mais restent marginales et le montage de dossiers relève du "parcours du combattant".
Pôle emploi dispose de deux outils pour des formations dans le cadre... de promesses d'embauche. Les dispositifs AFPR (Action de formation préalable au recrutement) et POE (Préparation opérationnelle à l'emploi) permettent d'aider financièrement un employeur qui s'engage à former, en interne ou près d'un organisme de formation, le demandeur d'emploi et s'engage à le recuter, en CDD ou CDI, à l'issue de cette formation. Ce dispositif, s'il est utile parfois, est aussi une aubaine pour des employeurs qui se font ainsi financer une adaptation au poste, sans que le "stagiaire" soit salarié pendant cette période.
Les aides individuelles à la formation sont peu nombreuses : des demandes peuvent être faites auprès de certaines régions ou de Pôle emploi (AIF : Aide individuelle à la formation), mais les conditions d'accès aux financements individuels sont restrictives.
Enfin, des publics spécifiques peuvent aussi solliciter d'autres structures, à l'image de l'AGEFIPH pour les travailleurs handicapés, le département pour les bénéficiaires du RSA ; d'anciens salariés peuvent mobiliser leurs droits acquis au titre du DIF (droit individuel à la formation). Voir ci-dessous.
On le constate donc : toutes les formations ne sont pas financées. Par ailleurs, tous les demandeurs d'emploi n'ont pas accès à toutes les formations : outre les prérequis souvent exigés, certaines formations sont réservées à certains publics et chaque projet doit être validé par un conseiller prescripteur.
Reste enfin la question de la rémunération pendant la formation ainsi que celle des frais annexes (déplacements...). Voir ci-dessous.
Quelles formations?
Les formations financées par Pôle emploi visent le retour rapide à l'emploi. Ainsi, selon les régions, des formations peuvent être financées pour répondre aux besoins des employeurs (soudeurs pour un chantier industriel, technicien de maintenance en vue d'implantations d'éoliennes, employés de libre service lors de l'ouverture d'un hypermarché par exemple).
Dans les programmes de formations régionaux, si des formations qualifiantes débouchant sur des CAP, Bac pro ou BTS sont proposées dans des domaines aussi divers que le bâtiment, le tertiaire, l'agriculture, le commerce, d'autres formations ne débouchent sur aucune qualification et relève plus de l'insertion sociale : "Valoriser ses capacités", "Renforcer ses savoirs de base", Construire son projet professionnel", "Se préparer à l'emploi", "Améliorer sa culture générale". On peut légitimement s'interroger sur l'utilisation de crédits de formation pour des actions qui pallient le désengagement de l'Etat en matière de formation initiale ou d'orientation.
De plus, aucune évaluattion sérieuse n'a été faite concernant l'efficacité de ces dispositifs en terme de suivi et de retour à l'emploi.
A ces dispositifs s'ajoutent les possibilités de formation dans le cadre de contrats d'apprentissage ou de professionnalisation. Mais, là aussi, force est de constater que l'Etat supprime des formations initiales en lycées professionnels pour mieux vendre l'apprentissage, pris en charge par des centres de formation publics... et privés.
Nous, on peut !
La formation continue mobilise un important budget : 31 milliards en 2009, dont 15% destinés aux chômeurs. Pour autant, fin 2009, la DARES ne comptabilisait que 8% de demandeurs d'emploi en formation. Encore ces chiffres cachent-ils d'importantes disparités puisque les entrées en formation d'anciens ouvriers est très inférieure à celles d'anciens cadres (10% contre 27%). Aux inégalités sociales s'ajoutent les inégalités territoriales puisque les régions sont aujourd'hui les principales structures de financement de formation professionnelle. Enfin, les offres de formation, destinées à s'adapter à un marché du travail local laissent peu de place aux réorientations longues et la fusion ANPE/Assedic ainsi que l'intégration au sein de la nouvelle structure du personnel de l'AFPA chargé de l'orientation ont fini de désorganiser des structures pourtant essentielles en matière de conseil, d'orientation et de prescription.
L'annonce faite par Nicolas Sarkozy à l'issue du dernier "sommet social" d'une mobilisation de fonds pour la formation des chômeurs de plus de deux ans apparaît pour ce qu'elle est : de la "poudre aux yeux", comme il en a été en diverses occasions : une fois pour les chômeurs de plus de 50 ans, une autre pour les chômeurs en fin de droit, puis pour tous les jeunes sans qualification... A chaque fois, la même annonce "d'un emploi ou d'une formation proposée à chacun" pour le résultat que l'on sait : 152 000 chômeurs de plus en un an.
Si le Parti de gauche considère que la formation professionnelle dite d'insertion ou d'adaptation à l'emploi peut être gérée au plus près des territoires, la formation qualifiante et diplômante doit demeurer de la responsabilité de l'Etat et constituer un service public à part entière (voir les propositions du PG, lien ci-dessous).
Nos propositions : http://www.lepartidegauche.fr/qui-sommes-nous/propositions
On lira aussi avec intérêt
http://www.lepartidegauche.fr/editos/arguments/3922-chomage-manipulation-chiffres
Le Droit individuel à la formation (DIF)
Depuis 2004, tout salarié cumule un droit à 20 heures de formation par année travaillée, avec un maximum de 120 heures. Fin 2009, le législateur a permis la "portabilité" de ces droits en cas de perte d'emploi. Ainsi un chômeur pourra-t-il utiliser les droits acquis et non consommés.
Les heures acquises sont monétisées (9,15 euros par heure), cette somme permettant de financer une formation, après accord de Pôle emploi et de l'OPCA (Organisme paritaire collecteur agréé). Dans certaines conditions, un complément peut être apporté par Pôle emploi.
Rémunération et frais annexes
Le fait que la formation soit financée par le DIF, par les régions, l'Etat ou Pôle emploi ne signifie pas pour autant que les "stagiaires" seront rémunérés pendant la formation. En règle générale, un chômeur indemnisé continue de percevoir ses indemnités chômage pendant la formation (sous réserve de respect des formalités) et jusqu'à la fin des droits. Le gouvernement a supprimé la possibilité de percevoir ces indemnités jusqu'au terme de la formation, puis a remis en place un système nettement moins favorable. Pour les chômeurs non indemnisés, et selon certaines conditions, les régions ou Pôle emploi mettent en place une rémunération (en règle générale de 652 euros par mois).
Concernant les frais de déplacement, de restauration ou d'hébergement, seules certaines formations ouvrent droit à des aides. C'est une question essentielle lorsque l'on sait que des demandeurs d'emploi renonce à une formation éloignée de leur domicile. Le Parti de gauche propose la généralisation des aides aux frais annexes.

En 1947, était projeté
sur les écrans de cinéma Farrebique, film de Georges Rouquier, mettant en scène la vie quotidienne d'une famille d'agriculteurs de l'Aveyron. Près de 40 ans après, en 1983, Georges
Rouquier pose à nouveau sa caméra sur ces familles du village de Goutrens (Biquefarre, 1984). Quarante années et deux films qui montrent l'importante transformation du monde agricole.